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Abdallah ibn mas'ûd

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Message  *Nourelhouda* le Jeu 6 Sep - 8:53

« Celui qui désire entendre le Coran comme il fût révélé dans sa fraîcheur, qu’il l’entende de la bouche d’Ibn Um ‘Abd. »
[ Parole du Prophète Muhammad, rapportée par l’imâm Ahmad dans son Musnad, par Tirmîdhî et Al-Hâkiru.]



On
l’appelait lbn Um ‘Abd . Alors jeune adolescent, il faisait paître les
troupeaux appartenant à un des dignitaires de Quraysh, ‘Uqba Ibn
Mu’ayt, dans les sentiers de la Mecque, loin des bruits de la ville.
Comme tous les habitants de la Mecque, Abdallah Ibn Mas’ûd, puisque
c’est de lui dont il s’agit, avait entendu parler des nouvelles du
Prophète qui venait d'apparaître parmi les qurayshites. Mais du fait de
son jeune âge et de la vie de solitude qu'il menait, il ne
s’intéressait pas beaucoup à de telles informations. Or, sa vie ne
tarda pas à être profondément bouleversée par la rencontre de ce
Prophète . C’est lui-même qui nous en fait le récit:



«J’étais
un jeune adolescent qui travaillait comme berger chez ‘Uqba Ibn Mu’
ayt. Un jour, alors que je faisais paître mes moutons, je vis deux
hommes d’âge mûr venir dans ma direction. Une fois devant moi, l'un
d’eux me dit, après m'avoir salué : “O jeune garçon, veux-tu nous
traire un peu de lait afin d’étancher notre soif ?” Je répondis: “Je ne
peux pas le faire, les brebis ne sont pas à moi. Je ne fais que les
garder.” Ma réponse sembla leur plaire car je vis la satisfaction se
lire sur leur visage. Le même homme me dit alors: “Montre-moi une
brebis en mesure de s’accoupler mais que le mâle n’a pas encore
approché.” Je lui montrai une petite brebis qu’il prit entre ses mains.


Il essuya ses mamelles de sa main en invoquant Dieu, et voilà
que ces dernières s’enflèrent et du lait se mit à se déverser en
abondance. Je n’en croyais pas mes yeux. C’était un véritable miracle.
Le deuxième homme apporta une roche creuse pour recueillir le lait. Ils
burent tous les deux puis me donnèrent à boire. A la fin, l’homme qui
avait fait traire la brebis dit à la mamelle : “Reprends ta forme
première !” Et je la voyais rétrécir jusqu’à reprendre sa première
forme. Impressionné par tant de prodiges, je dis à l’homme qui en était
l’auteur: “Enseigne-moi les paroles que tu viens de prononcer.” Il me
répondit : “Tu es un jeune garçon initié.” Les deux hommes n’étaient
autres que le Messager de Dieu et son compagnon Abû Bakr.»



Ce
jour-là, ‘Abdallah Ibn Mas ‘ûd venait de voir le cours de sa vie
changer. Lui qui était un simple berger insouciant dont l'univers se
résumait aux troupeaux de ‘Uqba Ibn Mu’ayt, voilà qu’il venait de
rencontrer l’homme qui allait changer son destin. Mieux encore, cet
homme qui accomplissait des miracles, cet homme qui affirmait être
envoyé par le Ciel, et dont toute la Mecque parlait, venait de déceler
en lui des vertus cachées d’initié, des prédispositions à cette
vocation qui s’affirmeront des années plus tard. Le Messager de Dieu
savait de quoi il parlait. Ce médecin des âmes avait décelé en ce jeune
garçon éveillé et perspicace qu’était Ibn Mas’ûd les signes et les
prémices de la sagesse et de la connaissance, en bref, la marque des
initiés. L’avenir dira combien il avait raison.



‘Abdallah
Ibn Mas ‘ûd ne tarda pas à aller se convertir auprès du Messager de
Dieu et à lui proposer de le servir. Ce dernier accepta sa demande, et
notre compagnon devint ainsi un des intimes du Messager de Dieu. Il ne
le quittera plus de la journée en étant constamment à ses côtés à tel
point qu’il fut surnommé le confident du Messager de Dieu. De son côté,
l'Envoyé de Dieu avait permis à ce compagnon encore tout jeune d’entrer
chez lui à n’importe quel moment et de le côtoyer autant qu’il le
voudrait. Cela permit à Ibn Mas’ûd de s’imprégner de la science et de
la sagesse dans lesquelles baignait la demeure du Prophète et de
devenir l’un des compagnons les plus savants et les plus érudits. Tous
les témoignages des compagnons concordent à accréditer cette thèse.
C'est ainsi que Hudayfa IbnAl-Yamân a dit de lui:

« Jamais je n’ai vu de semblable au Prophète dans sa guidée, sa modestie et ses traits comme Ibn Mas’ûd. »

Abû
Mûsâ Al-Ash’âri a dit, de son côté, en s’adressant aux compagnons : «Ne
vous consultez pas dans les affaires de la religion tant que cet érudit
est parmi vous. » Comment pouvait-il en être autrement alors que le
Messager de Dieu avait dit à son sujet :

« Soyez fidèle à l’engagement d’Ibn Um ‘Abd. »



Cet
illustre compagnon qui avait grandi dans la demeure du Prophète et
étudié sous sa direction devint, à juste titre, l'un des plus savants
et des plus érudits parmi les compagnons, notamment dans la
connaissance du livre de Dieu et son interprétation. Sa récitation du
texte sacré était tellement agréable que le Prophète lui-même aimait
l’entendre de sa bouche. Un jour, il l’appela et lui dit:

«Récite-moi quelques versets ô ‘Abdallah ! »
Ibn Mas’ûd lui dit: « Je te récite des versets alors que c’est à toi que le Saint Coran a été révélé ? »
L’Envoyé de Dieu lui répondit : «J’aime l’entendre réciter par un autre que moi.»

Sa
parfaite connaissance des textes sacrés était attestée par les plus
grands compagnons . Un jour, un homme vint voir ‘Umar , alors calife,
et lui dit:

« O commandeur des croyants, je reviens de Kûfa où
j’ai vu un homme réciter par cœur toutes les variantes du Saint Coran.
» ‘Umar se mit en colère et lui dit: « Malheur à toi ! Qui est-ce ? »
L’homme lui répondit :
« C’est ‘Abdallah Ibn Mas’ûd.» ‘Umar se
calma dès qu’il entendit prononcer son nom. Il dit à l’homme : «Malheur
à toi, par Dieu, je ne crois pas qu’il reste encore un homme qui peut
faire cela à part lui. Je vais te dire pourquoi... Un jour, nous
étions, le Prophète et moi, chez Abû Bakr en train de discuter des
affaires des musulmans. A la tombée de la nuit, le Messager de Dieu
quitta la maison et nous le suivîmes dans la rue. En passant devant la
mosquée, nous entendîmes quelqu’un réciter des versets du Coran.
Le
Prophète s’arrêta et tendit l’oreille. Après avoir écouté quelques
moments, il se tourna vers nous et nous dit: “Celui qui désire entendre
le Coran comme il fut révélé dans sa fraîcheur; qu’il l’entende de la
bouche d’Ibn Um ‘Abd.” »

Ce pieux compagnon disait de lui-même sans aucune vantardise:

«
Par Dieu, rien n’a été révélé dans le Coran sans que je n’en sache les
raisons. Et personne n’en connaît plus que moi sur l’interprétation.
S’il me parvenait que quelqu’un d’autre soit plus savant que moi dans
le Livre de Dieu mais vers lequel on ne peut aller qu’à dos de chameau,
je n’hésiterais pas à partir à sa rencontre, sans prétendre être
meilleur que vous.»

Nous avons vu plus haut combien le
Messager de Dieu aimait et estimait Ibn Mas’ûd dont le corps chétif et
fragile cachait une foi fervente et passionnée.

Un jour, il
monta sur un arbre pour apporter un bâton d’arak au Messager de Dieu.
Les compagnons s'aperçurent de la minceur de ses jambes et se mirent à
rire. Le Prophète leur dit alors : « Vous vous étonnez de la minceur
des jambes d’Ibn Mas‘ûd ? Par Dieu, elles pèseront plus lourd dans la
balance de Dieu que la montagne d'Uhud le jour de la Résurrection. » Le
Messager de Dieu savait de quoi il parlait en faisant l’éloge de son
compagnon. La foi, le courage et la sagesse de cet homme étaient
exceptionnels. Une fois devenu musulman, l’ancien berger s’était
transformé en un pasteur d’âmes qu’il guidait, par sa science et sa
sagesse, sur la voie de Dieu. Il fut, nous dit-on, le premier croyant à
oser proclamer à la face des négateurs les vérités de la Révélation :

Les
musulmans, fort peu nombreux en ces débuts de la révélation, essayèrent
de le dissuader en lui rappelant qu’il n'avait pas derrière lui de clan
en mesure de le défendre contre la réaction violente des négateurs.
Mais il leur répondit imperturbable: « Laissez-moi y aller. Dieu est
avec moi. Il me protégera. » Et il partit vers le parvis de la Ka’ba où
se réunissaient habituellement les dignitaires qurayshites. Arrivé
devant la station d’Ibrâhîm, il commença à réciter à haute voix le
début de la sourate Le Miséricordieux. Les qurayshites le regardèrent
étonnés puis, ayant compris ce qu’il disait, ils sautèrent sur lui et
se mirent à le battre en s’acharnant sur lui. Ce n’est qu’avec peine
qu’il put s’arracher de leurs mains. Le visage ensanglanté, il revint
vers les compagnons qui lui dirent : « C’est pour cela que nous avons
craint pour toi. » Il leur répondit: « Par Dieu, je ne les crains pas
aujourd’hui comme hier. Et si vous voulez que je refasse demain le même
geste, je suis prêt à le refaire. » Ils lui rétorquèrent : « Non! Ce
que tu as fait est déjà beaucoup. Tu leur as fait entendre ce qu’ils
abhorrent.»



Ce courage et cette bravoure, notre
illustre compagnon en fera preuve dans toutes les batailles menées
contre les païens qui voulaient éteindre la lumière de l’islam. Que ce
soit à Badr, à Uhud, à la bataille des tranchées, à Tabûk, à Hunayn,
avec le Messager de Dieu ou lors des glorieuses conquêtes en Perse, en
Irak et en Syrie, sous les califats d’Abû Bakr et de ‘Umar , il était
toujours aux premières lignes, cherchant la voie du martyr. A Badr,
surtout, il eut un comportement particulièrement héroïque en prenant
part à la mise hors d’état de nuire du plus acharné des ennemis de
l’islam : Abû Jahl.

La piété et l’ascétisme de ‘Abdallah Ibn Mas
‘ûd étaient également célèbres parmi les compagnons. S’il n’était pas
dans la demeure du Messager de Dieu en train de le servir, il passait
le reste de son temps avec les habitués de la Sûfa, parmi les plus
pauvres des compagnons , s’adonnant aux actes d’adoration et à
l’évocation des Noms de Dieu. C’était un homme à la foi ferme et à la
certitude affirmée. En dépit de toutes les vertus qui lui étaient
attribuées, il avait toujours des scrupules lorsqu’il s'agissait de
citer des paroles du Prophète. Il craignait d'oublier quelque chose ou
de se tromper en dépit du fait que le Prophète avait dit à son sujet :

« Si Ibn Mas‘ûd vous parle, ajoutez foi à ses paroles. » Il a dit aussi : « Soyez fidèles à l’engagement d’Ibn Um ‘Abd.»

On
rapporte toujours, dans cet ordre d’idées, que ‘Abdallah Ibn Mas’ûd
était parmi les personnes dont le Messager de Dieu est mort satisfait.
Les califes du Prophète ont manifesté la même confiance et le même
respect à cet illustre compagnon. C’est ainsi que ‘Umar l’envoya à Kûfa
seconder ‘Ammâr, son gouverneur, avec le message suivant :

«
Je vous envoie ‘Ammâr comme gouverneur et ‘Abdallah Ibn Mas‘ûd comme
maître religieux et comme ministre. Ce sont deux des meilleurs
compagnons du Prophète. Obéissez-leur et prenez exemple sur eux.
Apprenez aussi que je vous ai préféré Ibn Mas’ûd sur moi-même. Profitez
donc de ses enseignements. »

Les habitants de Kûfa furent tellement satisfaits de sa mission parmi eux qu’ils refusèrent de le laisser partir lorsque
‘Uthmân , alors Calife, voulut le destituer. Ils lui dirent :

«
Reste à ton poste et ne le quitte pas ; nous te défendrons contre tout
ce qui pourrait t’arriver. » Mais, dans sa grande sagesse, il déclina
cette offre en leur disant : « Je dois lui obéir, sinon il y aura des
troubles et de la sédition, et je ne veux pas en être responsable.»



Une
autre fois, on lui dit que ‘Uthmân faisait une prière de quatre
génuflexions à la Mecque et à Mina durant le pèlerinage, alors que le
Prophète et ses deux premiers califes Abû Bakr et ‘Umar en faisaient
deux. Notre pieux compagnon suivit l’exemple de ‘Uthmân et en fit
quatre comme lui. A ceux qui lui demandèrent pourquoi, il répondit : «
Parce que les divergences sont source de mal. » C’est dire combien Ibn
Mas‘ûd était sage et visionnaire. On aurait dit qu’il avait anticipé ce
qui allait arriver à la communauté comme divergences et comme malheurs.
Mais, hélas, il ne sera pas là le jour où on aura besoin de sa sagesse
et de ses conseils.

Le Seigneur l’avait appelé à Lui. Etendu
sur son lit de mort, il reçut la visite de ‘Uthmân venu s’enquérir de
son état. Il lui dit: « De quoi te plains-tu ? » Ibn Mas’ûd répondit: «
De mes péchés. » — « Qu’espères-tu ? » — « La miséricorde de Dieu. »
‘Uthmân lui dit: « Veux-tu que je te verse ton dû que tu as refusé de
prendre durant de nombreuses années ? » Ibn Mas’ûd répondit : « Je n’en
ai pas besoin. » « Accepte-le pour tes filles. Elles en auront besoin
plus tard. » — « Crains-tu la pauvreté pour mes filles ? Je leur ai
recommandé de lire chaque nuit la sourate de l'événement (Al-wâqi’a).
Or, j’ai entendu le Messager de Dieu dire : “Celui qui récite chaque
nuit la sourate de l'Evénement n’aura pas à craindre la pauvreté.” »

À
la tombée de la nuit, il rendit l’âme après que son dernier râle se
soit confondu avec la prononciation du Nom de Dieu qu’il a tant évoqué
en ce bas monde.

{ Ô toi, âme apaisée, retourne vers ton Seigneur, satisfaite et agréée,
entre donc parmi Mes serviteurs, et entre dans Mon Paradis. }
[ Sourate 89 - Versets 27-30 ]
*Nourelhouda*
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